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Les perrés d’Arcachon, partie 4.

Les habitants des perrés

Je reprends enfin la suite de mes précédents articles sur les perrés devant la ville d’Arcachon. Si ce n’est déjà fait, je vous invite à les découvrir en cliquant sur les liens suivants : Partie 1, partie 2, partie 3.

Avant d’aller plus loin, je rappelle que je ne suis ni spécialiste de biologie, ni historien, ni adhérent à une quelconque école de pensée. Je suis seulement un plongeur comme tout le monde qui a simplement envie de partager une vision objective sur les milieux marins du bassin grâce à une expérience très souvent renouvelée de la plongée nocturne.

Les perrés, une oasis de vie spécialisée.

La ruelle St François permet de se glisser entre les immeubles pour accéder à la plage de la jetée de la Chapelle. La mise à l’eau y est relativement facile, bien que le sol puisse parfois se révéler assez glissant. En prenant un cap plein nord depuis cet endroit on descend progressivement vers un enrochement recouvert d’une multitude de tubes d’hermelles, un ver marin vivant dans un tube qu’il construit en agglomérant des grains de sable.

La face ouest du perré est très exposée au courant de la marée montante qui véhicule d’énormes quantités de sable à tel point qu’en ce moment une bonne partie de l’empierrement est ensevelie. Le côté Est est lui assez protégé. Le perré offre du coup tout un tas de cachettes occupées par de nombreux crustacés comme les crevettes, les crabes verts et d’autres espèces minuscules qui me sont encore inconnues. Assez peu de poissons à cet endroit mis à part quelques bars et de jeunes congres en chasse. Très rarement on peut y croiser une motelle. Les poulpes y trouvent souvent quelques refuges intéressants et un terrain de chasse très fourni en étrilles et autres crabes.

Un perré c’est grand.

On l’a vu précédemment, les perrés sont d’anciens enrochements qui préservaient les embarcations échouées volontairement sur la plage de sable des courants de la marée. Celui qui nous intéresse ici s’éloigne de la plage en s’enfonçant progressivement vers le nord. Le sommet demeure sur une bonne distance entre 9 et 13 m. On peut donc y faire une plongée assez tranquille sur petit coefficient, au-delà du coefficient de 70, il vaut mieux ne pas s’aventurer trop vers le nord car la zone peut être soumise à des courants très forts. Petit rappel au cas où, hors de question d’aller dans cette excursion sans savoir manipuler correctement une boussole, la visibilité peut changer très rapidement. Si tout se passe bien, aux environs de 70 à 80 mètres on arrive sur une bifurcation, une partie de l’enrochement s’éloigne plein Est vers la jetée Thiers et une autre vers le nord ouest. Une zone que je n’ai pas encore explorée, celle allant vers l’Est étant plus sécurisante à mon goût.

Cette balade peut conduire à s’éloigner sur une longue distance, mieux vaut rester prudent, il y a plus de vie dans la première partie, en tous cas bien assez pour en garder un excellent souvenir.

Et on voit quoi d’autre sur ce perré ?

En dehors des crustacés on peut trouver quelques espèces de nudibranches, le plus commun est sans réserve la Doris citron. Mais on peut trouver aussi des Doris rouges, des cantabriques et même des limaces à bigoudis. Dans un autre registre les hermelles se trouvent décorées à la saison d’une belle quantité de marguerites jaunes et d’anémones vertes.

Bien évidemment, en cherchant un peu on peut trouver plein d’autres animaux marins comme les galathées, les ophiures, les vers marins tels que les sabelles et autres, les ascidies et les éponges, tout un tas de mollusques dont la fameuse Lime. Bref, autant de bonnes raisons de se persuader qu’au bassin il n’y a pas qu’Hortense ou le port de La Vigne.

Et dans les prochains articles on parlera de quoi ?

Dans le prochain article je parlerai des poissons plats et des raies qui sont une des attraction de l’endroit. Dans le suivant, qui sera probablement le dernier de cette longue série, je parlerai des épaves qui y sont accessibles directement en plongeant depuis le bord.

Je vous souhaite donc de bonnes lectures dans le blog et d’excellentes plongées si vous pouvez mettre la tête sous l’eau prochainement.

Les perrés d’Arcachon, 4° partie

Le perré EST.

Comme je vous l’avais promis, je continue ma série sur les perrés par un petit texte sur l’empierrement dont j’ai à peine commencé à parler dans le 3° volet publié il y a 2 semaines environ.

Le perré EST c’est quoi ?


Pas facile d’imaginer ce à quoi pouvait ressembler un perré à l’origine. Sur la plage devant Arcachon on n’en voit aucune trace. Un perré sur la plage du Moulleau donne une petite idée.

Pour ceux et celles qui auraient loupé les 3 premiers épisodes, je rappelle rapidement que les perrés dont je parle dans cette série ne sont pas ceux qui protègent les berges actuelles mais ceux que les déplacements des bancs de sable ont contribué progressivement à engloutir.

Le perré Est est donc l’empierrement construit il y a plusieurs dizaines d’années tout au bout du perré partant de la plage de la ruelle St François vers le nord. A cette extrémité le perré se sépare en deux partie, une allant sensiblement vers le nord/nord-ouest, et une autre allant plein EST en direction de la jetée Thiers.

La partie haute se trouve aujourd’hui immergée dans la zone des 10 m. Les parties basses se situent beaucoup plus bas entre 17 et 24 m. Ces dernières profondeurs fluctuent assez souvent en fonction des déplacements du sable au fil des saisons et des tempêtes.

Je n’ai jamais mesuré de façon précise sur quelle longueur il faut garder le cap au nord, mais c’est approximativement entre 70 et 80 m, pas facile à dire sans faire une mesure exacte au décamètre. A ma connaissance, on ne trouve malheureusement aucune trace dans les archives des conditions dans lesquelles les perrés ont été édifiés. Si certains ont des informations sur la chose, je suis prêt à les inclure dans cette présentation en citant la source de l’information.

Quand y faire une escapade ?


La ruelle St François permet d’accéder au bord de plage pile en face du perré qui s’enfonce sous l’eau tout droit vers le nord. Attention à la glissade toujours à craindre.

La première chose très IMPORTANTE à dire est: ne JAMAIS faire cette excursion de cette zone sans un guide qui l’a déjà pratiquée. Plonger au bassin est suffisamment dangereux comme ça sans avoir à y prendre en plus des risques inutiles. Choisir de préférence un petit coefficient en dessous de 50 sur pleine mer et prévoir une plongée d’une heure maximum. Pas de plongée à cet endroit en bloc de 12 litres. Toujours par sécurité, prévoir d’être déjà sur le retour au moment de l’étale haute. En effet, certains passages sont des goulets pour le courant descendant. Ces endroits accélèrent fortement le flux descendant et produisent de grandes vitesses d’eaux qui peuvent désorienter, voire de faire paniquer un débutant. En respectant ces principes tout devrait bien se passer.

Il est comment ce perré ?

Bonne question. La réponse n’est pas facile à apporter car chaque saison apporte un peu de changements sous l’eau. Ce perré s’enfonce vers l’Est parallèlement à la plage. Son sommet est relativement étroit, dégagé, et les flancs d’empierrements nord et sud assez pentus. De temps en temps des zones sableuses recouvrent la partie haute sur quelques mètres à peine et offre un passage facile qui ressemble à de petits cols de montagne.

Des deux côtés on trouve le même type de faune que celle présente plus près du bord, avec tout de même moins de vie. Il faut dire qu’à cet endroit les courants montants et descendants sont particulièrement violents. On va donc trouver des trous de congres, de poulpes et de crustacés.

Côté Nord, la pente s’adoucit assez vite dans la zone des 15 m pour aboutir à un plateau sableux ondulé qui descend progressivement vers le chenal un peu plus loin. Le sol est jonché par ci par là de véritables cimetières de coquilles vides d’huitres et de moules. Peu de vie à ce que je me souvienne dans cette zone.

Côté Sud, la pente est assez abrupte et descend dans la zone des 20 m pour aboutir sur une étendue assez plate dans laquelle sont posés en vrac divers poteaux électriques, des blocs de bétons, de petits rochers, des blocs d’hermelles arrachés par les tempêtes. Peu de vie également à cet endroit. Pour rejoindre la plage plein Sud, il faut traverser cette zone profonde sur plusieurs dizaines de mètres. La maîtrise de la consommation d’air impose de ne pas tenter cette traversée. A mi chemin le sol semble remonter vers la surface mais d’un coup replonge vers les profondeurs, c’est assez peu rassurant.

Ceux qui imprudemment s’éloignent trop vers l’Est peuvent avoir envie de couper plein Sud pour rentrer. Grosse erreur. Le plateau qui sépare la plage du perré descend vers la zone des 22 à 24 m en présentant plusieurs promontoires sableux qui remontent vers les 10 m puis replongent vers les 20 m ou plus. Bref, hors de question de s’amuser à faire le yoyo au risque de se retrouver complètement paniqué et à court d’air. Et je ne parle même pas de la gestion des paliers qui vont évidemment s’imposer avant la sortie.

Que faire pour sécuriser la plongée ?

Pour sécuriser la plongée, il vaut mieux ne pas aller trop vers L’Est, disons qu’une trentaine de mètres est bien suffisant. On suit donc la face Nord sur main droite, 3 mètres en dessous du sommet, pendant une trentaine de mètres, on passe un petit col dès qu’on en trouve un et on redescend dans la zone des 12 m. On revient vers l’Ouest avec le perré toujours sur main droite jusqu’à atteindre la partie qui oblique vers le Sud. A ce moment là se placer au sommet s’il n’y a pas trop de courant ou légèrement en contrebas à l’abri du courant qui se lève forcément après l’étale.


Les courants peuvent être violents devant Arcachon, les perrés immergés les perturbent et peuvent créer des remous et des tourbillons dangereux, même en profondeur.

Attention, même sur petits coefficients les courants peuvent être puissants et la visibilité réduite. Certains vont s’ennuyer au cours de cette plongée. Ce qui est à voir est relativement petit. Il y a bien quelques épaves dans le coin mais ça c’est l’objet d’un prochain article. Il sera suivi par un autre plus orienté sur la faune locale. Celle-ci est parfois très différente de ce que la majorité des plongeurs connaissent au Cap Ferret qui n’est distant que de 3 km à vol d’oiseaux.

Bref si vous voulez ne rien louper de la suite, abonnez-vous !!, vous ne pourrez pas louper mes prochaines publications. En attendant, bonnes bulles à tous et toutes, en tous cas, ceux qui ne craignent pas l’eau à 9 ou 10° maxi du moment.

Les perrés d’Arcachon (partie 2)

Les perrés d’Arcachon (la suite).

Comme promis début janvier, voici la suite de mon premier article sur les perrés d’Arcachon. Elle comprendra certainement 3 ou 4 autres publications car il y a énormément de choses à dire ou à montrer que se soit sur la faune ou sur les épaves qui hantent le rivage.

Petit rappel.

Bien évidemment, si vous n’avez pas encore lu mon premier article du 2 janvier, je vous invite à prendre le temps de le découvrir. Je vais donc simplement rappeler ici que les perrés sont des alignements d’empierrements destinés à protéger les bords de côtes des violences de la mer. Les digues protègent elles des zones de terres qui peuvent se trouver parfois en-dessous du niveau de la mer, ou bien elles assurent un rempart contre les vagues submersives par grosses marées et gros coups de vents.

Vous avez pu voir également que les perrés de la plage située entre la jetée de la Chapelle et la jetée Thiers se trouvent maintenant immergés jusqu’à près de 20 m du fait de l’érosion consécutive aux forts courants des marées montantes ou descendantes.

Ils sont où ces perrés ?

C’est bien beau tout ça mais quand on est sur le ponton de la Chapelle, pas l’ombre à l’horizon d’un seul perré qui s’enfonce dans l’eau.

OK, et ils sont où alors tous ces perrés ?


A gauche, une vue du ponton de la Chapelle depuis la mise à l’eau de la ruelle St François, à droite, sur pleine mer pas question de trouver à cet endroit un sable accueillant si on a mal géré la boussole ou le temps d’immersion.

Celui qui reste le plus accessible est le perré qui s’enfonce progressivement vers le nord directement en face de la mise à l’eau de la ruelle St François. Pas la peine de chercher à cet endroit un amoncellement de pierres, elles ont depuis longtemps roulé au fond où le sable les a ensevelies. Celles restées en place sont maintenant recouvertes d’une grande quantité de tubes d’hermelles. Ces vers marins tubicoles ont presque entièrement colonisé le substrat rocheux qui disparait sous une multitude de constructions cylindriques en grains de sables collés entre eux par un ciment biologique extrêmement fragile. L’ensemble est parfois surprenant tant en quantité que par ses formes.

Et ça se présente comment sous l’eau ?

Bonne question…., disons que ça se présente plutôt bien, merci, mais voyons ça plus en détails.

En longeant la face du perré exposée à l’ouest, on suit transversalement vers le nord une pente douce de sable qui monte sur main droite. Ce sable accumulé par les puissants courants du flux des marées a par endroits tout recouvert et forme au sommet comme de petits cols de montagne. Par forts coefficients de marée ces passages sont le siège de courants marins puissants dont il vaut mieux se méfier.

Plus à gauche, la pente descend assez vite sur un plateaux sableux vers les 15 m de fond. On peut y trouver divers poissons plats, des grondins et des raies brunettes, mais je reviendrai sur ces rencontres possibles plus tard dans d’autres articles.

En restant sur le sommet du perré et en continuant vers le nord, on se retrouve après une cinquantaine de mètres vers les 10 m de fond sur un magnifiques espace assez plat où il y a beaucoup de vie entres diverses anémones, vers marins, ophiures, nudibranches et une grande quantité de petits crustacés de toutes sortes.

Le coté exposé à l’Est descend en pente beaucoup plus brutale vers 18 à 22 m, en tous cas aux endroits où le sable ne s’est pas offert une avenue. Ce coté à l’abri de la marée montante est encore plus riche en vie marine. Mais attention, toute cette vie prend refuge au sein des nids d’hermelles, elle est très fragile, au moins autant que leurs cathédrales de sables. Il faut donc veiller à la protéger des coups de palmes maladroits.

Et plus au nord ?

Si on continue plus au nord, le perré se sépare en deux parties. On est là à presque cent mètres du bord. Un bilan de la pression dans les bouteilles est indispensable pendant tout le trajet.

Personnellement je ne plonge à cet endroit que sur pleine mer et par petit coefficient. Si j’ai assez d’air je prolonge ma plongée par un trajet vers l’Est puis au sud afin de revenir au point de départ sur le descendant en restant à faible profondeur dans la zone des 6 à 8 mètres. Attention !!! , le retour vers le sud oblige a couper un fond de 20 m pendant au moins une quarantaine de mètres, je ne le conseille pas du tout. Le demi tour à faible profondeur est plus de mise. Pour cela on franchit le sommet du perré cap au sud et on oblique sur main droite en prenant la précaution de rester dans la zone des 10 m jusqu’à être revenu plein sud près de la plage où on s’est mis à l’eau.

Du coup, je ne connais pas la partie qui s’oriente vers l’Ouest, elle amène dans une zone où il peut y avoir de forts courants au reflux. Par sécurité je préfère explorer le perré qui oblique plein Est en le suivant par sa face Nord. Au delà de la bifurcation, on se retrouve sur du plateau sableux encombré de coquilles vides d’huitres et de moules. Pas grand choses à voir ici, d’autant que la profondeur avoisinant les 20 m n’encourage pas à y séjourner longtemps car la pression dans la bouteille a déjà bien baissé.

Et le perré qui part vers l’Est ?

Pour en savoir plus sur le perré qui s’oriente plein Est je vous engage à me retrouver ici pour le prochain article qui décrira cette zone assez peu connue des plongeurs.

Rappel sur la sécurité.

Le site de plongée de St Yves est un site dangereux car les courants peuvent non seulement y être forts, mais aussi tournants. Seuls les plongeurs très à l’aise dans la manipulation d’une boussole doivent s’y aventurer.

D’autre part, le fond sableux et très mobile, Il peut être creusé jusqu’à grande profondeur à plus de 20 mètres d’une façon tout à fait anarchique et il n’y a strictement aucun repère pour faire un point fiable de l’endroit où l’on se trouve si l’on a pas fait l’effort de consulter le compas en permanence.

Par sécurité je vous expliquerai dans le prochain article pourquoi il vaut mieux rester sur le perré principal et s’en tenir uniquement sur un parcours plein nord sur 60 à 70 m puis retour plein sud en restant systématiquement sur le haut du perré sur le retour.

Je vous dis donc à très bientôt pour la suite dans laquelle j’évoquerai la faune marine de ce coin assez particulier du bassin.

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