Tag Archives: port

Adieu la visi. turbidité et plongées galères

Turbidité, mais quand cela cessera-t-il enfin ?

On aurait pu croire en fin d’année 2016 que la plongée sur nos sites favoris du bassin d’Arcachon allaient redevenir une source de vrais plaisirs pour les yeux. Malheureusement depuis le mois de janvier il faut bien se rendre à l’évidence, il va falloir s’habituer à plonger dans un bain de boue.

Mais pourquoi donc ?

Ils se trouve que plusieurs communes du basin se sont associées pour fonder une structure qui leur permet de dégager l’envasement des ports et des chenaux d’accès.

C’est le SIBA. Créé en 1964, le Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon intervient au service des communes d’Arcachon, la Teste de Buch, Gujan-Mestras et le Teich et les 6 communes du nord Bassin : Biganos, Audenge, Lanton, Andernos-les-Bains, Arès et Lège-Cap Ferret.

En fait de boues on devraient plutôt parler de vases car il s’agit d’un dépôt naturel qui s’accélère simplement en particulier avec l’activité humaine croissante tout autour du bassin.

D’où vient toute cette vase ?

Plusieurs facteurs ont contribué ou contribuent aujourd’hui à l’envasement de tout le fond du bassin mais aussi des berges plus proches de l’océan.

La première source de sédiments est l’apport naturel des écoulements d’eau dont La Leyre est le principal contributeur. L’urbanisation locale est venue transformer le littoral et l’effet tampon des zones végétales s’est vu fortement diminué d’où un accroissement des déversements de matières organiques dans la lagune.

Mais ce n’est pas tout, l’activité économique a joué un rôle non négligeable, on a bien sûr accusé l’ostréiculture, peut-être avec raison, mais c’est surtout avec le développement du nautisme et l’usage de produits d’entretient à base d’étain fortement toxique que le phénomène s’est accéléré. Bien évidemment, l’augmentation des nitrates produits par l’agriculture et les rejets provoqués par la présence humaine ont permis le développement de boues fines et lourdes dans lesquelles se concentrent en particulier des métaux lourds et des composants chimiques toxiques pour la faune et la flore sous-marine.

Où en est-on ?

Malgré les efforts du SIBA et l’amélioration des filtrages de rejets d’origines humaines, on ne peut que constater l’accélération du phénomène. C’est des millions de m3 de vases qu’il faudrait traiter, on est loin des quelques 60 000 m3 enlevés chaque année ou presque des ports et des chenaux.

Les dragages.


La principale parade consiste malheureusement à prélever les sédiments qui obstruent les ports en particulier. Ce faisant cette activité soulève une grande quantité de vase qui vient opacifier l’eau du bassin tout en rediluant tous les effluents toxiques qui s’étaient stabilisés dans les boues. La conséquence immédiate est bien sûr une hécatombe dans le milieu sous-marin avec la perte irrécupérable des herbiers de zostères, l’intoxication des organismes filtreurs et de leurs prédateurs. La lumière solaire ne pénètre plus assez profond dans l’eau d’où une augmentation de la prolifération bactérienne avec à la clé la fragilisation du milieu animal et au pire sa disparition.

Le point depuis le début de l’année.

Les dragages du port de Fontainevieille à Taussat qui avaient commencé début janvier sont terminés, oufff. Toujours au fond du bassin, c’est 8500 m3 de vases qui ont été dégagées du port du Teich.

Et maintenant ?

Et bien rien n’est fini, quand c’est pas les vases qu’on déplace, c’est le sable. Tout le printemps 2016 avait été pollué par le réensablement de la plage du Moulleau à Arcachon, c’est cette année au tour de la plage de La Vigne. Résultat des courses, une visibilité qui vient de chuter d’a peine plus d’un mètre à moins de vingt centimètres.

C’est aussi au tour du port d’Audenge et de son chenal d’accès d’être dévasé. Je crois avoir compris que ce sera aussi le cas avant le mois de mai du port de Gujan-Mestras.

Bref, amis plongeurs et plongeuses, vous n’êtes pas sortis d’affaires !!

Eaux troubles, turbidité, envasement, pourquoi la visibilité est si mauvaise au bassin d’Arcachon




Effet de la plongée sous-marine sur la santé.

Turbidité de l’eau, eau trouble et mauvaise visibilité en plongée au bassin d’Arcachon

Eau trouble et galères en tous genres

Quel plongeur n’a pas pesté un jour ou l’autre au bassin d’Arcachon devant le peu de visibilité à cause d’une eau trouble ou une eau chargée de nombreuses particules ? L’incompréhension peut être d’autant plus grande que le phénomène est presque totalement imprévisible et qu’il ne semble pas se produire en suivant des lois particulières tant les facteurs influents sont nombreux. La transparence de l’eau au bassin d’Arcachon peut malheureusement varier beaucoup et en très peu de temps. Puisque j’en suis la première victime, je me suis dit qu’en fouillant un peu j’arriverais peut-être à mieux m’expliquer ce qui se passe réellement sous l’eau. Le comprendre me permettrait sûrement de mieux l’accepter, ça c’est pour positiver un peu !, il n’y a pas vraiment le choix.

Avec l'eau trouble, pas moyen de prendre de belles photos, la mise au point se fait sur les particules en suspension.

Avec l’eau trouble, pas moyen de prendre de belles photos, la mise au point se fait sur les particules en suspension.

Qu’est ce que la turbidité de l’eau ?

La turbidité de l’eau désigne la teneur en particules présentes en suspension dans l’eau. Ces particules troublent l’eau, absorbent ou diffusent les longueurs d’onde de la lumière. La turbidité se mesure avec un turbidimètre en « Unités de Turbidité Naphalométriques » (nTN). Rien que ça déjà, ça fait peur ! En gros, l’appareil envoie un rayon de lumière dans un échantillon d’eau et mesure le rapport entre la quantité de lumière qui le traverse et celle qui est réfléchie. Plus l’eau est turbide, plus elle est opaque. l’échelle va de 0 pour l’eau transparente à plus de mille uTN, mais déjà à 5 uTN, l’eau est déjà considérée trouble, à plus de 25 elle est noirâtre.

Qu’est ce qui cause la turbidité ?

La turbidité est causée naturellement par la présence dans l’eau de particules organiques en décomposition ou bien par des organismes d’origine animale ou végétale comme les algues ou le plancton.

La turbidité est causée également par des particules inorganiques comme les boues, les limons ou bien encore par certains composés chimiques.

Au bassin d’Arcachon, l’eau trouble peut avoir plusieurs causes comme par exemple des conditions météorologiques défavorables, forts vents et fortes pluies entrainant des lessivages des sols en villes ou dans les campagnes environnantes, voire même l’érosion des berges.

L’eau trouble est-elle dangereuse pour la santé du plongeur ?

Il ne semble pas qu’il y ait de risques évidents. Les plongeurs ne sont pas les bénéficiaires les plus nombreux des efforts faits par les communes riveraines pour améliorer la qualité des eaux, Le principal danger pour elles serait donc une publicité désastreuse pour l’activité touristique en cas de pollutions liées à des particules trop abondantes. Il faut comprendre que les bactéries se fixent facilement sur les éléments en suspensions et se trouvent ainsi véhiculées au rythme des marées. Une trop forte concentration pourrait être évidemment problématique. Il en va de même de certains polluant chimiques directement issus de l’activité humaine sur le bassin. Leur nocivité va de pair avec les taux de concentration. Autre facteur aggravant, avec la turbidité, les rayons ultraviolets de la lumière solaire n’arrivent plus à pénétrer suffisamment profond. Leurs effets antibactériens s’en trouvent diminués et ne contribuent plus à la régulation des souches pathogènes que l’on peut finalement retrouver stockées chez certains petits animaux filtreurs

De l’eau trouble de plus en plus souvent et de plus en plus chargée.

Avec de nombreuses années de pratique de la plongée au bassin d’Arcachon j’ai pu mesurer l’évolution de la turbidité. Malheureusement pour nous plongeurs, l’eau est de plus en plus troublée et pendant des périodes de plus en plus longues. La faute à qui ? à la nature ou à l’homme ? Probablement aux deux avec une nette avance pour l’homme.

Coté entrée du bassin, de forts courants existent au niveau des passes du fait du volume important de l’eau entrant et sortant à chaque marée à travers des chenaux relativement étroits. Le long de la côté océane un mouvement perpétuel de l’eau vers le sud entraine la migration d’énormes quantités de sables. A ce niveau là les forts courants empêchent les sédiments de se déposer. Il en va tout autrement au fond du bassin. Le peu de débit de la Leyre entraine une dépose rapide des vases qui finissent par former de véritables bouchons au point de bloquer la circulation des bateaux et parfois même l’entrée des ports. Dans le même temps on constate que les prairies de zostères qui peuplaient le fond du bassin ont presque complètement disparues. Les polluants chimiques divers et variés n’y sont certainement pas étrangers, on peut penser aux pesticides, au nitrates liés à l’agriculture mais aussi aux divers produits utilisés dans le milieu du nautisme. Malgré les interdictions d’utilisation, comme par exemple pour certains produits d’entretien des coques de bateaux, l’accumulation d’éléments toxiques dans les dépôts marins continue d’avoir une action destructive sur le biotope. Les vases ne sont plus fixées naturellement et deviennent tres volatiles avec les effets des vagues. Enfin, dernier élément, le brassage de l’eau de mer avec les alluvions argileux apportés par les eaux douces de la Leyre et des autres petits ruisseaux crée par réaction chimique ce qu’on appelle la crème de vase. Celle ci engendre la création de petits flocons dont la densité peut être très importante.

L’envasement inquiétant du bassin provoque la diminution du volume d’eau et des déséquilibres chimiques qui perturbent le biotope animalier et végétal. En plongée on peut facilement s’en rendre compte. La vase devant Arcachon migre d’une façon aussi rapide que surprenante, libérant le sable ou bien le recouvrant d’une couche pouvant atteindre parfois une dizaine de centimètres. Les zostères ( le varech) n’est pas le seul à disparaître, il y a déjà pas mal de temps que l’on ne voit plus à St Yves les salades de mers emportées par le courant. Cette situation a forcément des conséquences immédiates sur les lieux de pontes et les zones nutritives de beaucoup d’espèces, en particulier les mollusques et les gastéropodes.

Les dragages

Pour faire face à l’envasement, les communes littorales du bassin d’Arcachon sont amenées depuis plusieurs années déjà à investir de lourds budgets pour préserver les chenaux et les entrées de ports. Depuis le mois de décembre 2014 le dragage du chenal des fontaines et du port à Lanton-Taussat a nécessité 400 000 €. Le port de La Vigne fait face lui aussi au même problème, il termine une grosse opération de dragage du port. De L’autre coté du bassin c’est au tour de la zone du Moulleau sur la commune d’Arcachon que les opérations de dragage vont commencer pour réensabler une partie de plage située plus au nord. Les travaux menés par la société SIBA, spécialisée dans ce domaine, dureront normalement jusqu’à la mi mai 2015.

Bref, tout cela conduit, vous l’avez compris, à saturer d’une façon ou d’une autre les eaux du bassin en particules plus ou moins grosses et pénalisantes pour la visibilité. Amis plongeurs, il va falloir faire avec. Les eaux les moins touchées sont celles des couches proches de la surface, disons dans les 3 premiers mètres, moins denses, elles sont moins chargées en particules.

En conclusion.

S’il est probable que par des jours de vents de terre, de faibles marées, de beau temps et en absence de dragages on puisse espérer une eau de qualité correcte, il y a fort à parier qu’en plongée il nous faille, amis plongeurs, nous satisfaire de peu de visibilité. C’est pourquoi dans un prochain article je parlerai de la prise de vue en photos ou en films dans des conditions médiocres. En attendant, bonnes plongées à tous et toutes.